Les entretiens confinés de Véronique la Curieuse   

Voilà quatre ans que Cathy est aveugle et en fauteuil roulant.

L’horreur de la première année où elle a dû accepter son handicap, elle ne la souhaite à personne.

Aujourd’hui elle affirme ne pas arriver à déprimer et « Si je  ne peux pas voir avec les yeux, j’y vois avec le cœur ».

 

« Comme un enfant, il m’a fallu tout réapprendre ».

Savoir où poser ses affaires systématiquement pour les repérer. Combien de tasses renversées ? Et prendre un shampoing à la place du dentifrice ? Cathy sait qu’elle n’a pas le choix pour avancer : « c’est trop facile de rester au fond et de se lamenter » et quand on a confondu  une fois le tube de shampoing avec celui du dentifrice, on fait attention à ce qu’il n’y ait pas de seconde fois.

« Vivre ma vie et pas la subir » est  sa maxime : « la vie est comme un match de boxe qu’on perdra l’heure venue ; entre-temps, il faut esquiver les coups » 

Alors elle a réappris le sens de la vie pour ne pas vivre par procuration aux dépends des autres. Elle a fait son deuil de la vue pour avancer.

Désormais, Cathy profite de ce  que la  vie lui donne, de ce qu’elle a sans songer à envier ce qu’elle n’a pas ni ce qu’elle n’a plus. Etre négatif est insupportable. Il faut aller à l’essentiel et oublier les broutilles.

Elle a réadapté tous ses réflexes, surtout le toucher au point qu’elle peut lire grâce aux lettres en relief. Elle adore lire  (en audio), écouter des conférences.

Mieux encore, elle coud et brode et s’est confectionnée une trousse à maquillage avec une vieille nappe, un calendrier en carton et du fil de canevas. 

Photo de la pochette envoyée par Cathy

Et dans son appartement, Cathy troque son fauteuil pour une classique chaise dactylo à roulettes, et bien calée avec les accoudoirs, elle se déplace plus aisément.

Cathy reste coquette et tient à son esthétique « ce n’est pas parce que je suis dans le noir que je ne veux pas de vêtements en couleur ».  Alors pour les couleurs, il faut les lui décrire avec des images qui renvoient à ces souvenirs d’avant la cécité.

Et surtout elle entretient le  sens de l’humour. Dès le début de notre entretien, elle  propose de se jeter  de son balcon  au deuxième étage pour me permettre d’avoir un scoop pour la Gazette des Quartiers (j’aime beaucoup la Gazette mais à pas ce point tout de même. Je rassure les lecteurs : elle n’a pas sauté). Elle me défie sur une course de 100 mètres et m’assure que moi courant, elle me battra en roulant. Pas de temps à consacrer au négatif. 

De fait, Cathy est tout à fait disposée à partager tout ce qu’elle a appris de sa nouvelle vie.

Elle propose déjà de nouveaux échanges de savoirs au Pont des Savoirs (un échange couture les yeux bandés ?) et prévoit de participer à des ateliers.

Pour Cathy, l’avantage d’une vie en noir est que « le matin, je peux décider de la couleur de la journée ».

Cathy voit avec le cœur

 

Cathy, c’est la rage de vivre en dépit des galères.

Note de Véronique la Curieuse :

Source photo :

le portrait choisi pour illustrer ce témoignage  est un dessin à l’aveugle de Marie Libes .

Elle explique comment elle l’a réalisé   (lien ci-dessous) en explications  illustrées des étapes de création.

http://www.ecole-art-aix.fr/Dessin-a-l-aveugle-4803