Dalia Jaber, Pont des Savoirs, Montauban
Dalia Jaber, Pont des Savoirs, Montauban
Dalia Jaber dans le jardin de l’association Le Pont des Savoirs avant son échange « Aide au Bac Français »avec Monique
Dalia Jaber a 17 ans, elle étudie cette année au lycée Antoine Bourdelle en classe de 1re S. D’origine palestinienne, elle a vécu en Syrie et en Bulgarie. Elle travaille d’arrache-pied pour conquérir notre langue, le français, le Bac pointant le bout de son nez, l’enjeu est important

 

Polyglotte, elle parle déjà l’arabe, l’anglais, le bulgare et « un peu l’espagnol ». Dalia Jaber est de cette étoffe dont on fait les meilleurs élèves. Elle vit depuis peu à Montauban, dans le quartier Médiathèque-Chambord.  En échange de savoirs « Aide au Bac français » avec Monique Lauga, Dalia a accepté de nous confier une de ses rédactions. L’énoncé demandait aux élèves de sa classe d’imaginer un chapitre de l’œuvre étudiée en ce moment : « L’ Adversaire » d’Emmanuel Carrère.

Voici son travail.

 

 

« J’ai l’impression que tout s’écroule, je ne sais pas où ça va m’amener. Au fond de moi je savais que peu à peu, la réalité apparaîtra au grand jour. Je les aime énormément, tu sais, j’ai pris conscience que je n’aurai pas supporté le fait qu’ils sachent ce qui se cache sous cette fausse apparence. Soit je retarde le moment où il va falloir affronter  la réalité soit je ne les laisse pas faire. Quand je ne sais pas sauter un obstacle, je le supprime. Comme le cas de mon beau-père qui nous a quittés, ils vont le suivre également.  Je ne peux même pas imaginer les réactions de Titou, Flo et Caro, leurs visages, ce qu’il se passe dans leurs têtes si jamais ils comprennent que je ne suis pas ce médecin, ce père de famille exemplaire, ce mari idéal. Je suis épuisé, masquer la réalité est devenu mon oxygène. Personne ne comprend la façon dont tu le fais, aucune personne n’aurait compris. Je mens depuis dix-huit ans, ma vie n’est qu’un mensonge, mon existence clandestine est parfaitement vide et blanche. Je ne sais pas ce que je veux faire. L’idée de mettre une fin à cette histoire me trotte dans la tête. Ma famille est tout ce que j’ai, ils sont les seuls que j’ai toujours aimés et que j’aimerai de tout Mon Cœur. Tu le sais très bien… tu sais aussi que je ne confie jamais le fond de mes émotions, sauf à toi. Je ne suis pas un monstre, je suis juste un père aimant.

Après il est parti acheter les balles qui vont  traverser le cœur de ses enfants et de sa femme. »

 

Dalia a déjà fait l’objet d’un article dans la Dépêche du Midi en juin 2016, il relate sa vie.