En Service civique depuis 3 mois, j’ai eu la possibilité grâce à La Ligue de l’Enseignement de m’intéresser à un sujet qui suscite quelques interrogations, l’accueil de jeunes en famille d’accueil, et le lien qui existe entre ces derniers. Pour éclaircir ces interrogations, j’ai eu l’opportunité de m’entretenir avec une personne directement concernée, puisque c’est un homme âgé de 48 ans qui est devenu Assistant Familial suite à une reconversion et qui a accepté de répondre à mes questions. Il a aujourd’hui 10 ans d’expérience et nous raconte son parcours ainsi que ses motivations.

Pourquoi avoir choisi ce métier qui demande une implication de la famille, et de chaque instant ?

J’ai un autre parcours préalable. J’étais dans la pièce détachée automobile mais aussi directeur dans la grande distribution. Arrivé à un certain âge, j’ai voulu me reconvertir en cherchant ce qui pourrait m’intéresser. Je me suis donc orienté vers la petite enfance et la protection de l’enfance car je voulais me sentir utile dans des cas d’enfants en difficultés. Puis, c’est mon épouse qui m’a dit « ton idée est peut-être pas mal ». Donc, j’ai débuté les évaluations et formations pour ensuite obtenir l’agrément. La maison, le contexte familial sont évalués et la qualité du travail accompli.

Quelles peuvent être les raisons du placement d’un enfant, et qui le décide ?

Le principe de base est d’accueillir des enfants en difficultés. On les accueille à partir du moment où une ordonnance de justice a été donnée. Ça peut être à la demande des parents. Dans ce cas-là, c’est un placement simple. Ou lorsqu’un magistrat et un procureur sont saisis par un éducateur, par une enquête sur un enfant. A ce moment-là, on décide d’un placement judiciaire. Il y a un troisième cas où c’est un placement de protection juvénile, et là, c’est pour des enfants soit maltraités, soit délinquants.

Comment s’organise la vie familiale avec un jeune accueilli ?

Le principe de base également, c’est d’accueillir des enfants pour un instant T. C’est-à-dire qu’on les accueille le jour où on est convoqué pour voir ce qu’on peut faire pour cet enfant après une décision de placement, jusqu’au jour où il peut soit regagner sa famille, soit jusqu’à sa majorité. Le principe est de reconstituer un milieu familial où on propose à l’enfant un autre modèle de vie familiale que ce qu’il a connu. C’est au jeune de se construire avec les deux exemples qu’il a connus. Il arrive comme dans une famille qui s’élargit à son arrivée.

Quelles sont vos motivations, les conséquences dans la vie privée et les difficultés ?

Le point positif et ce qu’on en retire, c’est essayer de sortir quelqu’un de la merde, faire en sorte que tout le monde est des droits. Le rythme de vie est différent mais c’est positif, je vis autrement. Quand les enfants fonctionnent bien, j’ai beaucoup de temps libre, ce qui me permet d’exercer mes passions, d’éduquer ma fille même si ce n’est pas conventionnel. Ça me permet de faire la cuisine, d’exercer mes hobbies, d’être présent, même si à contrario, c’est choquant de faire un boulot de femme pour certains enfants. C’est aussi très revalorisant quand un enfant qui arrive avec  n niveau très bas s’en sort, réussi un concours d’entrée dans une école ou autre. On se dit « tient, ça, ça a au moins marché ».

La principale difficulté, c’est le passé familial, c’est plus heurtant et le plus choquant. Quand vous êtes confrontés à des choses qui sont aux antipodes de votre éducation, c’est dur mentalement. Le plus dur dans ce boulot est d’être confronté à des choses qui vous heurtent, qui vous donneraient à la limite envie de casser la gueule au papa, ou d’insulter la maman quand vous apprenez certaines choses. Il faut relativiser, et mettre ça de côté, ce qui n’est pas toujours facile. Accueillir un enfant en soit n’est pas difficile. Ce qui est difficile, c’est prendre en charge le mal-être de l’enfant, gérer ses problématiques et faire face à des situations familiales conflictuelles.                 

Charlène 

 

Illustration:

École autrichienne du milieu du XIXème siècle.
Signature illisible en bas à droite.
Ce tableau est dans la veine du courant artistique autrichien du 19ème siècle de Biedermeier 
Collection privée